1266 : les troupes de Charles d'Anjou et de Manfred de Hohenstaufen s'affrontent à la bataille de Bénévent.
Écoutez… et laissez le vent du sud de l’Italie vous porter jusqu’en l’an 1266.
Sous le ciel pâle de l’hiver, les plaines fertiles qui entourent Bénévent semblent retenir leur souffle. Les oliveraies frémissent à peine. Les collines, témoins immobiles des siècles, s’apprêtent à voir basculer le destin d’un royaume.
Car ce jour-là, deux hommes avancent l’un vers l’autre — non pas seulement avec des armées, mais avec des visions du monde.
D’un côté, Charles d'Anjou, frère du roi de France, champion de la papauté. Son armée est disciplinée, bardée d’acier, les bannières fleurdelisées claquant dans l’air froid. À ses côtés marchent des chevaliers venus du nord, leurs heaumes étincelants comme une marée d’hiver.
De l’autre, Manfred de Hohenstaufen, fils de l’empereur Frédéric II. Prince raffiné, lettré, mais aussi guerrier audacieux. Autour de lui, les troupes germaniques et les redoutables archers sarrasins de Lucera, silhouettes sombres prêtes à défendre le dernier espoir de la dynastie des Hohenstaufen.
Nous sommes à la veille de la Bataille de Bénévent.
À l’aube, une brume légère flotte encore au-dessus du sol. Puis, comme un signal venu d’un autre âge, les trompettes retentissent.
Les premières charges sont brutales. Les chevaux s’élancent, martelant la terre humide. Les lances s’abaissent. Le choc est terrible — un fracas de bois brisé, de métal heurté, de cris étouffés sous les casques.
Les mercenaires allemands de Manfred frappent avec une force farouche. Mais les chevaliers angevins, mieux coordonnés, exploitent une faiblesse : les jointures des armures adverses. Là où le métal cède, l’histoire s’engouffre.
Peu à peu, l’équilibre vacille.
Manfred observe. Il sait. Il comprend que ses lignes plient. Pourtant, il ne fuit pas. Selon les chroniqueurs, il aurait retiré ses insignes royaux, préférant mourir en simple chevalier que vivre en roi déchu.
Et alors, dans le tumulte et la poussière, le destin le frappe.
Son corps sera retrouvé plus tard, sous un tas de morts anonymes — un roi confondu avec ses soldats. La dynastie des Hohenstaufen s’éteint presque avec lui.
Quand le silence revient enfin sur les champs de Bénévent, ce n’est pas seulement une armée qui a été vaincue. C’est un monde qui bascule.
Charles d’Anjou devient roi de Sicile. L’influence française s’installe au sud de l’Italie. La Méditerranée change d’équilibre.
Et les collines de Bénévent, indifférentes et éternelles, reprennent leur veille.
Car dans le grand théâtre de l’histoire, les hommes s’affrontent, les royaumes s’élèvent et s’effondrent…
…mais la terre, elle, se souvient toujours.
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