
Dans les landes rude et balayées par le vent du Nord de l’Angleterre, une maison seigneuriale a pendant des siècles imposé sa présence, aussi solide que les remparts de ses châteaux et aussi farouche que les tempêtes de la mer du Nord : la maison Percy.
Son histoire ressemble à celles de ces grandes familles féodales dont les noms résonnent comme des épopées : mélange de gloire, d’alliances lumineuses, de rivalités sanglantes et de renaissances inattendues.
I. La lignée se reforme : naissance d’une nouvelle maison
La première maison Percy s’éteint autour du milieu du XIIᵉ siècle.
Sa dernière héritière, Agnès de Percy, porte sur ses épaules toute la mémoire familiale : les terres, les droits seigneuriaux, le prestige accumulé depuis l’époque normande. En 1154, elle épouse Joscelin de Louvain, un noble venu du puissant duché de Brabant, frère du duc Godefroid III.
Cet homme, étranger aux brumes anglaises, apporte dans le mariage son sang prestigieux — descendant des ducs lotharingiens — mais accepte un geste d’une importance capitale :
il abandonne son nom pour celui de sa femme.
Ainsi naît la seconde maison Percy, émergent d’un croisement entre la haute aristocratie anglo-normande et les lignages féodaux du continent.
Leur fils, Richard de Percy, sera l’un des barons rebelles qui imposa la Magna Carta à Jean sans Terre. Le ton est donné :
chez les Percy, la loyauté s’accorde au mérite, pas au titre royal.
II. Terres, châteaux et puissance
Avec Agnès arrive dans la nouvelle maison un ensemble immense de territoires :
la baronnie de Topcliffe dans le Yorkshire,
de vastes domaines dans le Nord,
et, par alliance, bientôt, le prestigieux comté de Northumberland, l’un des plus vastes et des plus stratégiques du royaume.
Posséder Northumberland, c’est avoir entre ses mains la clé de la frontière écossaise.
Les Percy deviennent des gardiens du Nord, tenant châteaux, gués, routes, gouvernant une population de fermiers, de vassaux, de soldats rompus aux raids venant d’Écosse.
Ce rôle fait d’eux les incontournables pivot de la politique anglaise, tant pour la défense du royaume que pour le contrôle de la noblesse locale.
III. Une rivalité digne des tragédies : Percy contre Neville
Entre les collines du Nord, un autre nom résonne : Neville.
Dès le XIVᵉ siècle, les deux familles s’opposent pour le contrôle :
des hautes charges régionales,
des forteresses royales (notamment le château d’Alnwick pour les Percy, celui de Raby pour les Neville),
de l’influence auprès du roi.
Cette rivalité n’est pas une simple querelle :
c’est une guerre froide féodale, parfois sanglante, toujours manipulée par les souverains.
Les rois Plantagenêt jouent de ce duel comme d’un instrument :
Lorsqu’un Percy devient trop puissant, ils soutiennent les Neville.
Quand les Neville s’enhardissent, ils s’appuient sur les Percy.
Cette stratégie du « contrepoids » atteint son apogée pendant la guerre des Deux-Roses, où les Neville soutiennent York, tandis que les Percy, fidèles à la tradition lancastrienne, se dressent du côté rouge de la rose.
Les Percy tombent plusieurs fois — à St Albans, à Towton, à Hexham — mais la maison renaît presque toujours, comme si l’on ne pouvait jamais effacer définitivement un nom qui semble coller à la pierre du Nord.
IV. La fin d’une lignée… et une résurrection
Au début du XVIIIᵉ siècle, après tant de guerres, de trahisons, de fidélités changeantes, la seconde maison Percy arrive à son terme.
La dernière représentante, Elizabeth Percy (1667-1722), est une femme de grande richesse, courtisée et puissante selon les normes de son temps.
Sa petite-fille, Elizabeth Seymour (1716-1776), hérite du titre de baronne Percy.
Par elle, le nom et l’héritage survivent encore dans la haute aristocratie.
Et c’est alors qu’intervient un homme ambitieux :
Hugh Smithson (1714-1786).
En épousant Elizabeth Seymour, il reprend non seulement ses terres mais le nom même de Percy, par geste légal et symbolique.
En 1766, il est anobli par la couronne et devient le 1ᵉʳ duc de Northumberland, fondant ce que l’histoire nomme la troisième maison Percy.
C’est une renaissance étonnante :
la lignée, bien que éteinte par le sang, revit par le nom, les titres, et l’immense héritage culturel et territorial accumulé depuis le Moyen Âge.
V. Héritage d’une maison indestructible
Aujourd’hui encore, les descendants de cette troisième maison Percy existent, liés aux ducs de Northumberland, gardiens du spectaculaire château d’Alnwick (popularisé récemment comme décor de Harry Potter).
Ainsi, la maison Percy, née dans les tempêtes féodales, éteinte puis ressuscitée, survit comme l’une des grandes lignées du Nord de l’Angleterre, porteuse d’une mémoire vieille de presque mille ans.
Un nom qui, comme les vents du Northumberland, ne s’est jamais vraiment tu.
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