1851 — Le Coup d’État de Louis-Napoléon : L’Aube du Second Empire

 

Le 2 décembre 1851, Paris s’éveille dans un froid mordant.
Sur les pavés humides des boulevards, un calme trompeur flotte.
Mais au cœur de l’Élysée, un homme s’apprête à briser la République qu’il dirige… pour mieux s’élever au-dessus d’elle.
Cet homme, c’est Louis-Napoléon Bonaparte, neveu du grand Napoléon Ier, président élu depuis 1848, et décidé à ne plus laisser les institutions lui dicter la durée de son pouvoir.

Ce matin-là, avant même que le soleil ne se lève, des officiers en uniforme noir et or reçoivent des ordres scellés.
Les troupes se mettent en mouvement.
Les premières affiches apparaissent sur les murs de la capitale.
La République vient d’entrer dans l’une des journées les plus dramatiques de son existence.

Une présidence en cage

Depuis son élection, Louis-Napoléon vit avec un malaise profond :
la Constitution de 1848, progressiste et timorée à la fois, lui interdit formellement d’être réélu.
Quatre ans de pouvoir, pas un de plus.
La gauche républicaine se méfie de lui ; la droite légitimiste et orléaniste le méprise ; l’Assemblée lui refuse tout moyen de gouverner durablement.

Et pourtant, un souffle populaire l’entoure, celui du nom « Bonaparte », encore auréolé de la gloire impériale.

Le président décide que l’Histoire ne se répétera pas :
lui ne finira pas comme un Louis-Philippe déchu, ni comme un simple président éphémère.

 La nuit où tout bascule

Dans la nuit du 1ᵉʳ au 2 décembre, date choisie symboliquement — anniversaire du sacre de Napoléon Ier et de la victoire d’Austerlitz — Louis-Napoléon met son plan à exécution.

À l’aube :

  • Les principaux opposants parlementaires sont arrêtés dans leurs domiciles, parfois arrachés au lit.

  • L’Assemblée nationale est dissoute d’autorité.

  • Les journaux sont muselés ; la censure militaire s’abat.

  • Paris se couvre de proclamations signées « Louis-Napoléon ».

On y lit :

« Le peuple français m’a donné un mandat : je l’accomplis. »

Le président affirme agir pour sauver le pays du chaos parlementaire.
C’est, en réalité, un coup d’État soigneusement préparé.

 Paris se lève… puis se tait

Les premières heures sont confuses.
Dans certains quartiers populaires — Belleville, les faubourgs, les rues étroites de l’Est parisien — les barricades commencent à s’élever.
On ressort les vieux pavés de 1830 et 1848.
Des drapeaux rouges flottent.
Les insurgés croient encore que la République peut être sauvée.

Mais cette fois, l’armée est sans hésitation du côté du pouvoir.
Les troupes du général Saint-Arnaud avancent méthodiquement.
La répression est brutale, calculée, implacable.

Les fusillades éclatent.
Les barricades tombent une à une.
La rébellion, mal organisée, manque de souffle.
Au soir du 4 décembre, Paris n’ose plus bouger.

Dans les jours suivants, plus de 26 000 personnes sont arrêtées.
Une partie sera déportée en Algérie.
La République, déjà fragile, vient de recevoir un coup fatal.

 Le plébiscite : la nation scellée

Louis-Napoléon sait que la force ne suffit pas.
Il lui faut l’adhésion du peuple, ou du moins l’apparence de cette adhésion.
Il organise donc un plébiscite le 20 décembre 1851.
La question est simple, manipulatrice, presque irrésistible :

« Le peuple approuve-t-il le maintien de Louis-Napoléon au pouvoir et le rétablissement d’une constitution forte ? »

Le résultat tombe comme un tonnerre :
près de 7,5 millions de “oui”, contre moins de 650 000 “non”.

La France, épuisée, effrayée, parfois séduite, a choisi son camp.

Le président devient maître absolu du pays.

 Exactement un an plus tard : l’Empire renaît

Le 2 décembre 1852, à la même date symbolique, un an jour pour jour après le coup d’État, un nouveau plébiscite a lieu.
Cette fois, la question est claire :
veut-on rétablir l’Empire ?

La réponse est écrasante.
La volonté populaire, réécrite par la propagande, scellée par les années de troubles, permet à Louis-Napoléon de franchir le pas.

Ce soir-là, la France n’a plus de président.
Elle a un empereur.

Il prête serment sous le nom de Napoléon III.

La République s’éteint.
Le Second Empire commence.

 Le jour où un président devint empereur

Entre ces deux 2 décembre — celui de 1851 et celui de 1852 — se joue l’un des renversements politiques les plus saisissants de l’histoire française.

En douze mois, Louis-Napoléon Bonaparte a :

  • brisé une Constitution,

  • dompté une Assemblée,

  • écrasé une insurrection,

  • remodelé le pays,

  • et restauré un Empire disparu depuis près de quarante ans.

Il a transformé un mandat fragile en une monarchie autoritaire, et gravé son nom dans l’Histoire avec la volonté farouche d’égaler son oncle.

Le Second Empire s’ouvre alors comme un rêve moderne — fastueux, ambitieux —
mais aussi comme une ombre longue, destinée à être balayée deux décennies plus tard sur les plaines de Sedan.

Le 2 décembre reste, pour toujours, la date où un président fit basculer la France dans l’Empire.


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