1586 — L’Ombre de la Hache : la Confirmation de la Mort de Marie Stuart

 Trône d'Angleterre : pourquoi Élisabeth Ire a fait décapiter sa cousine Marie  Stuart ? - Yahoo Actualités France

L’Europe de la fin du XVIᵉ siècle palpite encore du fracas religieux et dynastique qui l’a déchirée. Les royaumes se méfient, les émissaires espionnent, les princes catholiques et protestants se jaugent dans un équilibre précaire.
Et au centre de ce jeu d’échecs brûlant, deux femmes, deux reines, deux cousines : Élisabeth Tudor, la souveraine prudente et redoutée de l’Angleterre protestante, et Marie Stuart, l’ancienne reine d’Écosse devenue l’icône fragile du catholicisme menacé.

Depuis 1568, Marie vit sous bonne garde en Angleterre.
Elle a fui son royaume, renversée par la noblesse écossaise, espérant refuge auprès d’Élisabeth. Et c’est un semi-exil, un doux cachot : châteaux, domaines seigneuriaux, escorte, confort — mais toujours des murs, toujours des gardes. L’Europe entière murmure sur son sort. Marie, au fil des années, devient bien plus qu’une captive : elle devient un symbole, un drapeau, une menace potentielle.

Les complots et la patience qui s’effrite

Depuis sa prison dorée, Marie reste au centre d’un tourbillon de conspirations qui la dépassent parfois. Les catholiques anglais espèrent, les exilés en France trament, l’Espagne observe, le Vatican encourage.
Élisabeth sait parfaitement que sa cousine, même emprisonnée, est comme une braise prête à rallumer l’incendie religieux en Angleterre.

Pourtant, la reine Tudor hésite. Elle sait ce que représente l’exécution d’une souveraine légitime. C’est franchir une frontière qu’aucun monarque ne souhaite toucher : verser le sang d’un pair, d’une égale. Le monde entier regarderait.

Mais en 1586, la situation bascule.

La conspiration de Babington, dirigée par de jeunes nobles catholiques exaltés, se propose de libérer Marie et d’assassiner Élisabeth. Et cette fois, les lettres interceptées sont accablantes.
Le maître espion de la reine, Francis Walsingham, organise une surveillance si fine que la moindre plume, le moindre parchemin est scruté. Pris dans la toile, Babington avoue, et dans les correspondances saisies, les juges trouvent ce qu’ils attendaient : des phrases ambiguës, une approbation voilée de Marie pour le soulèvement.

La machine judiciaire se met en marche.

Le procès d’un destin

En octobre 1586, Marie Stuart est jugée à Fotheringhay, devant une assemblée de nobles anglais.
C’est un procès sans surprise : les charges sont lourdes, les preuves — authentiques ou habilement reconstruites — suffisent à convaincre les juristes. Marie se défend avec dignité. Elle ne nie pas avoir correspondu, mais conteste qu’on puisse condamner une reine étrangère pour trahison envers un royaume qu’elle n’a jamais gouverné.

C’est le cri d’une souveraine acculée. Les juges l’écoutent, mais la sentence est écrite : coupable de haute trahison, condamnée à mort.

Élisabeth, pourtant, retarde l’ultime décision. Des mois s’écoulent.
Elle hésite. Elle pèse. Elle craint ce que dira la France, ce que fera l’Espagne, ce qu’en pensera l’Histoire.
Mais elle sait aussi que tant que Marie respire, la moitié catholique de l’Europe possède un prétexte, un espoir, un étendard.

Alors finalement, en décembre 1586, elle signe.
La confirmation royale tombe comme un couperet : Marie Stuart doit mourir.

Une signature lourde comme une hache

Ce geste, Élisabeth le regrettera toute sa vie. Elle accusera même ses conseillers d’avoir exécuté Marie sans son plein consentement — peut-être sincèrement, peut-être par calcul.
Mais la vérité reste simple : la reine d’Angleterre a tranché.
Et de ce geste naîtra un mythe. Un martyre. Une mémoire qui survivra aux empires.

Quelques semaines plus tard, Marie marche vers l’échafaud, drapée de velours rouge, couleur des martyrs catholiques.
Elle pardonne, prie, et meurt sous la hache anglaise.

Un monde qui change, un futur qui s’annonce

Le destin, ironique, fera triompher la lignée de celle que l’on a décapitée : le fils de Marie, Jacques VI d’Écosse, montera un jour sur le trône d’Angleterre sous le nom de Jacques Ier, scellant l’union dynastique des couronnes britanniques.

Ainsi, en 1586, lorsque Élisabeth Iᵉʳ confirme la peine de mort de Marie Stuart, elle croit protéger son royaume, son trône et sa vie.
Mais elle signe aussi l’un des actes les plus dramatiques de l’histoire européenne — un acte où se mêlent la raison d’État, la peur, et le destin implacable des reines.

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