
Novembre 1942 : le monde en bascule
L’automne est déjà avancé. Dans les rues grises de Lyon, de Clermont-Ferrand ou de Marseille, le rationnement mord les ventres et le froid entre dans les os.
La Seconde Guerre mondiale dure depuis plus de trois ans, et la France, amputée, vit sous le joug d’un double destin :
au nord, la zone occupée, sous le contrôle direct de l’Allemagne nazie ;
au sud, la zone libre, administrée depuis Vichy par le maréchal Philippe Pétain, vieillard à la voix cassée qui promet de « protéger les Français » en collaborant avec l’ennemi.
Mais en ce novembre 1942, tout vacille.
À des milliers de kilomètres de là, un grondement venu des sables d’Afrique va précipiter la chute du fragile équilibre de Vichy.
8 novembre 1942 : le vent de la liberté souffle sur l’Afrique
À l’aube du 8 novembre 1942, les Alliés — Américains, Britanniques et Forces françaises libres — lancent l’Opération Torch, le grand débarquement en Afrique du Nord.
Des flottes alliées jettent l’ancre devant les côtes du Maroc et de l’Algérie : Casablanca, Oran, Alger.
C’est la première fois que les troupes américaines affrontent les forces de l’Axe.
C’est aussi le début d’un retournement majeur : le front change de visage.
Mais pour Hitler, la nouvelle est une gifle.
Il redoute que les Alliés, après l’Afrique du Nord, marchent vers la Méditerranée, puis vers le cœur de l’Europe.
Et surtout, il craint que la zone libre française — cette moitié du pays encore officiellement neutre — ne serve de tremplin aux troupes alliées.
La décision tombe, brutale et sans appel : l’occupation totale de la France.
11 novembre 1942 : l’Opération Anton
Le jour même du 11 novembre — date hautement symbolique de l’armistice de 1918 —, les colonnes allemandes se mettent en marche.
C’est le déclenchement de l’Opération Anton.
Au petit matin, les chars et les camions franchissent la ligne de démarcation.
Les villes du Sud se réveillent au son des bottes et des moteurs.
Lyon, Avignon, Grenoble, Toulon, Marseille… les Allemands progressent sans résistance.
Les soldats italiens, eux, descendent depuis les Alpes pour occuper la Provence et la Côte d’Azur.
L’armée française d’armistice, réduite et démoralisée, reçoit l’ordre de ne pas combattre.
Pétain et Laval, à Vichy, protestent mollement — mais obéissent.
La zone libre cesse d’exister en une journée.
La France entière devient occupée.
Toulon, le dernier sursaut
Mais un drame, un acte de fierté tragique, va marquer ces jours sombres.
À Toulon, principal port militaire français, la flotte de guerre stationne encore.
Hitler veut s’en emparer pour renforcer sa marine.
Le 27 novembre 1942, les Allemands tentent un coup de main pour prendre le contrôle du port.
Mais les amiraux français, refusant de livrer leurs navires à l’ennemi, donnent un ordre simple et terrible :
En quelques heures, 77 bâtiments — cuirassés, croiseurs, sous-marins — sont coulés par leurs propres équipages.
Les explosions secouent la rade, les flammes lèchent les flancs d’acier.
Les marins regardent sombrer leurs navires avec des larmes de rage et de fierté.
Mieux vaut les voir disparaître dans la mer que sous pavillon allemand.
C’est le dernier sursaut d’honneur d’une marine et d’un pays muselés.
Vichy sous la botte
Dès lors, le régime de Vichy n’est plus qu’une façade.
Pétain reste à son poste, Laval parle de « collaboration renforcée », mais le pouvoir réel est aux mains des Allemands.
La Gestapo étend ses réseaux dans toute la France.
Les rafles se multiplient, les persécutions s’intensifient.
Dans les montagnes, les maquis s’organisent.
Ceux qui refusent la honte s’enfuient dans les bois, rejoignent les résistances locales ou tentent de rallier l’Afrique du Nord pour combattre aux côtés des Alliés.
L’occupation totale, loin d’éteindre l’esprit français, va peu à peu nourrir la flamme de la Résistance.
Le symbole brisé du 11 novembre
L’ironie de l’Histoire est poignante :
le 11 novembre, jour de paix et de souvenir, devient en 1942 le jour de l’asservissement complet.
Ce même jour où, vingt-quatre ans plus tôt, les canons s’étaient tus, les blindés allemands roulent à nouveau sur le sol français.
Pour beaucoup, ce choc sera un réveil.
La France n’a plus rien à perdre — et c’est parfois dans la nuit la plus dense que naît la lumière.
Après l’ombre : la reconquête
Il faudra encore deux ans de souffrance pour que la France se libère.
Mais après l’hiver de 1942, la guerre prend une tournure irréversible.
Les Alliés avancent en Afrique, puis en Italie, avant de revenir par la Normandie.
Et en 1944, lorsque Paris se soulève, les mots de Rethondes résonnent à nouveau : la liberté revient, conquise par le courage.
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